++XXV. Négociations++

______Alors qu'Alexianne et Andras s'étaient rendus aux Enfers, bien avant d'être découverts par Emrys, Kénaël avait rejoint le monde des sorciers avec l'espoir de sauver Kira et les Dû Corbin. Il ne donnerait pas l'occasion à Valérian de tuer quiconque. Il lui ferait une proposition qu'il ne pourrait pas refuser. Il ne connaissait que trop bien le Bluttrinker : il espérait toujours voir le vampire revenir vers lui. En échange de sa loyauté, Kénaël espérait que Valérian laisserait la vie sauve aux autres. Aucun d'eux ne comprendrait sa démarche, encore moins Alexianne, mais peu importait. Il devait laisser croire à Valérian qu'il était en train de gagner pour mieux le surprendre dans la défaite. Malheureusement, Kénaël ne disposait pas de toutes les informations : Kira était morte et Alexianne n'était pas restée à l'abri dans sa demeure. Autant d'éléments imprévisibles qui joueraient en sa défaveur...

______Le vampire arriva dans le jardin du Siège sans éveiller les soupçons. Il existait un passage dans le monde des ignorants qui menait directement au bâtiment gouvernemental et qui n'était connu que du Gouverneur et de ses plus proches collaborateurs. Du moins, il l'était jusqu'à ce que les Bluttrinker le découvrissent. Ce passage leur avait permis d'infiltrer le bâtiment en toute discrétion.
______Devant l'entrée – une grande porte à deux battants en bois de chêne – Kénaël savait d'ores et déjà qu'il était attendu à l'intérieur par les Bluttrinker. Il ne perdit pas plus de temps en réflexion et entra. Comme il s'y attendait, il les trouva presque au complet dans le hall. La vue de ses anciens compagnons le toucha plus qu'il ne l'aurait cru. Cet élan de nostalgie s'effaça aussitôt qu'il vit la peur et le chagrin dans les yeux des Dû Corbin, mais aussi le sang dont une partie de la moquette était imbibée. L'odeur le frappa comme un coup de poignard en plein c½ur. Il parvint à maintenir un masque d'impassibilité, mais son âme était en miette, ravagée par la tristesse qui venait de l'envahir. Il n'osait pas tourner la tête, mais il le devait. Il voulait être sûr, il espérait se tromper, mais quand ses yeux rencontrèrent le cadavre mutilé de Kira il fut tétanisé. La rage le pénétra et elle aurait pris possession de son corps s'il ne s'était pas obligé à rester imperturbable. Une terrible tempête faisait rage dans son esprit : il s'imaginait déjà venger son amie, tuer ces monstres qui avaient levé la main sur elle, mais tout cela ne resterait qu'un désir futile. Même dans un tel moment, Kénaël s'efforçait de penser à la survie des Dû Corbin. Tout dépendait de lui.

— Bienvenue ! claironna Valérian sur un ton ravi, presque chaleureux. Je savais bien que tu ne pourrais pas continuer à te cacher dans ton sinistre manoir.

______Le brun ne répondit rien, mais le regard qu'il lança suffit à transmettre toute la fureur qui l'habitait. Ses émotions étaient plus fortes que sa raison. Il lui était impossible d'oublier la mort de Kira. Il voulut s'avancer vers Valérian, mais l'expression de son visage dut s'avérer trop menaçante : Séraphine s'interposa entre eux et posa une main sur son torse en signe d'apaisement.

— Tu ne vas tout de même pas gâcher nos retrouvailles à cause de cette chose inutile, murmura-t-elle d'une voix sensuelle.

______Kénaël baissa les yeux sur son interlocutrice qui était grande, mais pas assez pour être à la hauteur du vampire. Le regard de la blonde était sans équivoque, mais il avait l'habitude d'être assailli par les charmes outranciers de Séraphine. Il fut un temps où il lui aurait cédé, mais le passé était derrière lui et désormais il la trouvait simplement vulgaire.
______La Bluttrinkerin caressa la joue de Kénaël de ses doigts fins et il sentit un liquide visqueux sur sa peau. Il attrapa violemment le poignet de la blonde pour examiner sa main qui était encore dégoulinante du sang de Kira. C'en était trop. Le sourire mesquin que lui renvoya Séraphine déclencha sa colère. Le vampire voulut se saisir du cou de la blonde pour la tuer, mais elle fut beaucoup plus rapide. Elle s'attendait à une telle réaction et, ravie de pouvoir se divertir un peu, elle attrapa le bras de son agresseur et le lui cassa comme s'il s'était agi d'une brindille. La douleur déstabilisa Kénaël et il n'eut pas le temps de réagir pour se protéger : Séraphine le fit tomber à genoux et entoura sa tête de ses deux mains, comme un étau prêt à lui broyer la tête. Le brun était à sa merci, mais Valérian prit la décision d'intervenir au moment où il crut sa dernière heure arrivée.

— Comme tu l'auras remarqué, mon cher Kénaël, tu n'es pas en position de faire les choses à ta guise.
— Je le reconnais. Mais pourquoi ne pas laisser Séraphine me tuer ? Je croyais pourtant que tu voulais ma mort... ne suis-pas devenu trop gênant pour toi ?
— Tu es venu jusqu'ici de ton plein gré, sans doute parce que tu as quelque chose à me proposer, n'est-ce pas ?


______Valérian connaissait Kénaël comme s'il l'avait fait, ce qui n'était pas si éloigné de la réalité puisqu'il l'avait pratiquement façonné à son image. Mais c'était une époque révolue : le vampire ne retomberait pas dans ses travers, il ne reproduirait pas les mêmes erreurs.

— Tu as raison, comme toujours. Tu vas peut-être trouver cela étrange, mais je suis venu jusqu'ici pour obtenir ton pardon et te demander de m'accepter à nouveau parmi vous. Tu me l'avais dit, mais je n'avais pas voulu te croire : la solitude est une plaie pour les vampires et je n'ai pas réussi à y faire face. J'ai besoin de toi, de vous tous.

______Un brouhaha s'éleva dans le hall. Tous les Bluttrinker réagirent vivement à l'entente de ces mots : certains étaient enthousiastes, d'autres plus méfiants. Ils discutèrent ensemble de ce qu'il convenait de faire, mais ils savaient que le dernier mot reviendrait à Valérian et Emrys. Pourtant, ce dernier semblait pensif, peu enclin à réagir positivement à la demande de Kénaël qui avait été l'un de ses amis les plus fidèles. Son esprit était ailleurs. Il n'avait aucune envie de se trouver à cet endroit, à écouter les jérémiades d'un vampire. Tout cela l'ennuyait au plus haut point et il ne se priva pas pour le montrer à toute l'assemblée à l'aide d'un bâillement bruyant et significatif.

— Faites comme vous voulez, je m'en fiche. Moi, je vais voir où en sont nos Dû Lou, annonça-t-il avant de remonter par l'escalier central.

______Cette décision déstabilisa un peu les Bluttrinker, habitués à voir Emrys plus enjoué et taquin. Valérian ignora ce comportement étrange pour se concentrer sur Kénaël. Il l'observa un moment, essayant de déceler un mensonge dans son regard, mais tout ce qu'il vit était un profond désir de rédemption.
______Estéban ne pouvait plus se taire. Il était au supplice depuis qu'il avait vu le vampire entrer et agir comme s'il s'avançait vers l'échafaud. D'abord, il avait cru à un stratagème mais plus il le regardait et plus il avait peur d'être définitivement pris au piège. Il devait intervenir et raisonner Kénaël. Si seulement Alexianne avait été présente, elle aurait su trouver les mots, peut-être pas les plus délicats, mais elle l'aurait fait réagir.

— Vous êtes un lâche ! Alexianne, ne vous le pardonnera jamais ! s'exclama le sorcier, retenu par son père.
— Il est vrai que tu étais presque parvenu à ton but avec elle, dit Valérian, songeur. Es-tu certain de vouloir renoncer à ta vengeance sur les Dû Lou ?
— Bien sûr que non, mais cette enfant m'ennuie, elle ne m'intéresse plus. Je sais qu'avec toi je suis sûr de pouvoir tuer un nombre incalculable de personnes. Encore une fois tu avais raison : il n'y a que le meurtre qui puisse me soulager.


______Les Bluttrinker paraissaient véritablement étonnés. Kénaël avait dit tout cela d'un ton très serein, mais déterminé. Il n'y avait aucune hésitation dans sa voix, rien qui pourrait laisser transparaître un mensonge éhonté. Valérian commençait à croire à la bonne volonté du vampire. Il n'avait plus espéré le revoir revenir vers eux, mais désormais l'un de ses v½ux les plus chers était exaucé. Il n'avait pas l'intention de laisser s'échapper une occasion pareille.

— Mais vous êtes dingue, qu'est-ce que vous racontez comme connerie ! s'écria une nouvelle fois Estéban, désespéré.
— Au contraire, Kénaël revient enfin à la raison, rétorqua Valérian avec un sourire enchanté. Je ne m'attendais pas à un tel revirement, mais je te pardonne. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser.

______Il fit un signe à Séraphine qui relâcha sa prise sur le vampire. Elle était déçue de ne pas pouvoir tuer une seconde personne, mais elle savait au fond d'elle-même qu'elle aurait regretté un tel acte. Elle profita de sa position de supériorité pour glisser ses bras le long du torse du brun. Elle se pencha, de sorte que sa poitrine généreuse frôlât son dos, puis elle colla sa bouche contre son oreille :

— La colère fait palpiter tes veines, tout ce sang me donne envie de t'arracher la gorge, susurra-t-elle en se frottant un peu plus contre le vampire.
— Lâche-moi, lui ordonna-t-il d'une voix glaciale.

______Vexée, la Bluttrinkerin enleva ses bras après avoir donné un coup de langue sur le cou qu'elle convoitait. Elle commença à grimper les escaliers et croisa l'un de ses congénères qui revenait des Enfers : il lui glissa quelques mots à l'oreille qui la firent sourire. Séraphine se tourna vers le hall qu'elle dominait de quelques marches et lança à la cantonade :

— Pour information, Alexianne Dû Lou est aux Enfers.

______Puis, elle monta à l'étage sans attendre son reste. Elle avait bien d'autres choses en tête que de satisfaire le bon vouloir de Valérian qui enverrait sans doute quelqu'un pour attraper la petite fouineuse. Mais la lueur machiavélique qui venait d'illuminer le regard du blond indiqua une tout autre idée qui avait germé dans son esprit cruel. La présence d'Alexianne aux Enfers était une occasion à ne pas rater pour tester la loyauté de Kénaël.
______Valérian s'approcha du vampire et l'aida à se relever. Il lui adressa un sourire confiant qui aurait dû le mettre à l'aise, mais ce fut l'exact inverse : un frisson parcourut le brun qui s'attendait au pire.

— Mademoiselle Dû Lou veut jouer les aventurières, mais elle n'a pas encore compris qu'elle n'était pas de taille à rivaliser. Allons lui rappeler qui mène la partie.
— Si vous touchez à un seul de ses cheveux... !
menaça Estéban, furieux.
— Il me soûle celui-là, on peut le manger ? demanda un Bluttrinker en s'approchant dangereusement du jeune homme.

______Kénaël murmura quelques mots à Valérian qui le firent réfléchir un instant. Ses congénères avaient tout entendu et celui qui avait envie de vider Estéban de son sang eut une moue contrariée. Les Dû Corbin, eux, étaient exclus, puisqu'ils ne possédaient pas une ouïe surnaturelle. L'angoisse les prenait à la gorge, plus encore que lorsqu'ils avaient assisté à l'exécution de Kira. Leur vie était soumise au bon vouloir de Valérian, mais également à celui de Kénaël. Ce dernier semblait avoir une certaine influence sur le blond, ce qui n'était pas pour les rassurer. Estéban ne savait plus quoi penser du vampire : jouait-il extrêmement bien la comédie au point de réussir à duper leurs ennemis ou était-il en train de dévoiler son véritable visage ?
______L'air songeur, Valérian tourna la tête vers les deux sorciers. Il les observa, puis ses yeux devinrent glacials malgré leur teinte rougeoyante. Tout à coup, il leur intima de partir d'une voix sifflante pleine de colère. Malgré la surprise, le père des jumeaux ne se le fit pas dire deux fois et empoigna son fils pour s'enfuir le plus loin possible de ces monstres. Estéban montra un peu de résistance, mais il n'avait pas plus envie de rester. Il eut tout de même un regard et une pensée pour le corps de Kira, mais ce dernier avait disparu laissant derrière lui un tas de cendres. Un sourire triste traversa furtivement le visage du Gardien qui avait presque oublié que Kira n'avait pas été humaine : une fois morts, les demi-vampires tombaient en poussière. Le corps des plus jeunes disparaissaient instantanément, mais ceux plus âgés mettaient du temps avant de revenir à la terre.
______Kénaël regarda ses anciens alliés passer la porte du Siège Gouvernemental. Il ne montrait pas son soulagement, mais il était rassuré de les savoir en sécurité pour aujourd'hui. Rien ne garantissait que les Bluttrinker ne les attaqueraient pas dans l'avenir, mais il espérait que les Dû Corbin seraient assez intelligents pour abandonner leur lutte inutile et se cacher dans le monde des ignorants. Il n'imaginait pas la réaction d'Alexianne qui serait dans une rage noire en apprenant tout cela. Il ne voulait plus penser à elle et surtout ne plus jamais la revoir. Mais Valérian en avait décidé autrement, car ils se dirigeaient tous les deux vers les Enfers, le lieu exact où la sorcière se trouvait. Le c½ur de Kénaël se serra à l'idée d'affronter ses yeux emplis de haine et de déception. A aucun moment il ne lui dirait que tout cela n'était qu'une vaste comédie : elle devrait penser qu'il avait changé de camp. Elle le maudirait, le haïrait, mais ce serait pour la bonne cause. Il en allait de sa survie.


+ + XXV. Négociations+ +



______Emrys flânait entre les couloirs du Siège pour rejoindre le bureau du Gouverneur où les Dû Lou étaient censés parler politique avec le dirigeant. Mais quand il pénétra dans le corridor, une odeur prononcée de sang de sorcier assaillit ses narines. Le Bluttrinker soupira, agacé : il n'avait encore jamais rencontré de Gardiens aussi friands de meurtres. La famille d'Alexianne n'avait rien d'ordinaire. Chaque fois que ses membres étaient en désaccord avec quelqu'un, ils leur prenaient l'envie de le tuer. Cela n'avait pas raté avec le Gouverneur qu'Emrys trouva mort, baignant dans son sang devant son bureau de marbre blanc. Les quatre psychopathes – Emrys n'avait pas trouvé de meilleur terme pour les désigner – étaient en pleine discussion à côté d'un cadavre, comme si de rien n'était. Même pour le Bluttrinker, cette scène parut surréaliste. Il faillit exploser de rire, mais il se retint tant bien que mal pour éviter de froisser ces fous furieux. Non pas qu'il avait peur d'eux, ç'aurait été ridicule, mais pour le moment il devait encore les garder en vie. Une confrontation n'aurait pas été la bienvenue : Emrys les aurait décapités sans vergogne, tant ils l'exaspéraient. Il leur ordonna tout de même de faire disparaître le corps et de trouver une solution pour remplacer le malheureux qui n'avait sans doute rien demandé.
______Le brun sortit du bureau et tomba nez à nez avec Séraphine, dont les yeux moqueurs trahissaient son envie de s'amuser.

— Qu'est-ce que tu veux ? s'enquit-il avec un sourire espiègle.
— Dans l'immédiat, j'aurais voulu profiter de Kénaël, mais comme d'habitude Valérian l'accapare. Alors que toi... susurra-t-elle en le collant contre la porte fermée.
— C'est dommage, j'ai aussi des choses à faire.
— Tu ne veux même pas savoir où est Alexianne en ce moment ?
lui glissa la blonde à l'oreille, mordillant son lobe au passage.
— Là, tu m'intéresses, chuchota Emrys tout en faisant glisser ses mains sur les reins de sa congénère.
— Je me demande ce que tu peux bien trouver à cette gamine.

______Le Bluttrinker retint un rire tandis que Séraphine ouvrait sa chemise pour laisser s'attarder ses doigts sur son torse. Les mains d'Emrys descendirent plus bas et la blonde fondit sur son cou pour y planter violemment ses crocs. Un grognement de plaisir s'échappa de la bouche du brun qui fit remonter lentement ses doigts le long du dos de sa partenaire dont les yeux prenaient une couleur écarlate. Elle retira ses crocs après avoir léché le sang qui avait coulé le long de la gorge de son congénère, puis elle rejeta la tête en arrière, offrant ainsi sa peau laiteuse à Emrys.

— Où est-elle ? demanda-t-il d'une voix rauque en ignorant le don qui lui était présenté.
— Tu plaisantes, j'espère ! s'emporta la Bluttrinkerin après lui avoir lancé un regard mauvais.
— Tes petits jeux ne m'amusent plus depuis longtemps. Désolé de t'apprendre qu'une "gamine" m'intéresse plus que toi.
— Ton obsession pour cette sorcière commence à m'agacer sérieusement
, gronda-t-elle avant d'embrasser rageusement son congénère.

______Excédé par son attitude, il attrapa Séraphine par les épaules et la plaqua contre le mur face à eux. Il mordit la lèvre inférieure de la blonde et aspira le sang qui s'en échappa. Il rompit leur baiser sanglant après avoir malmené quelque peu sa bouche, mais il garda sa prise sur ses épaules qui craquèrent sous la force du Bluttrinker. Malgré cela, sa congénère laissa s'échapper un soupir de plaisir.

— Où ? répéta Emrys, la voix vibrante d'impatience.
— Aux Enfers, cracha-t-elle avec un regard foudroyant.

______Elle aurait pu garder l'information pour elle et continuer à jouer avec le brun, mais elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne plaisantait plus. S'il n'obtenait pas ce qu'il voulait, il pouvait être destructeur. Séraphine n'était pas assez puissante pour l'affronter dans une lutte acharnée : il ne fallait pas oublier que, derrière son air nonchalant et décontracté, il était l'un des Bluttrinker les plus redoutables.
______Emrys lâcha sa congénère avec un sourire satisfait. Toute trace de colère avait disparu. Il se hâta de se rendre dans le monde démoniaque, avide de s'amuser une nouvelle fois avec la sorcière.


+ + XXV. Négociations+ +



______Emrys avait rapidement rejoint Alexianne et Andras. Il les avait découvert dans la chambre de Valérian et avait surpris l'adolescente lisant une lettre écrite de la main de Kénaël, adressée à Valérian. Elle datait de plusieurs siècles, de l'époque où le vampire était le plus monstrueux et où il s'adonnait régulièrement à des massacres de sorciers. Bouleversée par le contenu de cette correspondance, Alexianne n'avait pas été d'humeur à supporter les blagues stupides du Bluttrinker qui lui avait fait croire que Valérian avait imité l'écriture de Kénaël. Emrys s'était moqué de sa crédulité : elle avait tant espéré que Kénaël n'eût jamais été cet être abject. Elle avait donc essayé de se venger en frappant le Bluttrinker de toutes ses forces, mais son poing n'avait fait que rencontrer une mâchoire indestructible.

______Alexianne massait encore sa main endolorie quand le Bluttrinker s'approcha à nouveau d'elle, sous le regard amusé d'Andras. Elle lança un regard noir à son ennemi qui s'arrêta en essayant de contenir son fou rire. La situation n'était drôle que pour lui : il se sentait certainement tout puissant, pouvant faire d'eux ce qu'il souhaitait. Mais la sorcière n'en avait pas terminé : elle leva le sabre qu'elle n'avait pas quitté et le pointa sur la gorge d'Emrys qui n'en perdit pas pour autant son sourire. Alexianne n'eut pas le temps de frapper, car le brun la désarma avec une facilité et une rapidité déconcertante. Il s'amusait de ses réactions qui rendaient cet endroit sordide plus vivant.
______Andras interrompit ce petit jeu en revenant à des préoccupations plus sérieuses :

— Qu'est-ce que tu fais là ?
— C'est plutôt à moi de vous demander ça, non ?


______Un silence de mort s'installa, rendant la pièce plus froide et inhospitalière qu'elle ne l'était déjà. Emrys parcourut la chambre des yeux, laissant ainsi le temps aux deux espions de trouver une excuse convaincante. Lorsqu'il tomba sur les deux cadavres cachés dans l'armoire entrouverte, un sourire compatissant se peignit sur ses lèvres. Alexianne ne le quittait pas du regard, scrutant ses moindres réactions, essayant de deviner ses pensées. Elle ne le voyait pas comme Valérian : il était différent, moins violent et plus désinvolte.
______Le Bluttrinker tourna la tête vers l'adolescente et son sourire s'élargit quand il s'aperçut qu'elle l'observait. Il avait très envie de lui faire peur, ce qui serait un jeu d'enfant dans une telle atmosphère.

— Vu leur état et le sang sur le mur, Valérian devait être plutôt de bonne humeur.
— Très drôle ! T'as avalé un clown au petit-déj' ou quoi ?
railla-t-elle, toujours en colère contre lui.
— A vrai dire, j'ai pas encore mangé, répondit-il alors qu'un voile carmin recouvrait ses pupilles.
— 'Y a rien de comestible ici ! Va au diable !
— Ce serait dommage que tu finisses comme elles...


______Son ton avait subitement changé d'intonation, passant de la légèreté à la menace. La jeune fille essaya de paraître décontractée, mais son corps traduisait son angoisse : la sueur le long de son cou, le rythme trop rapide de son c½ur, les tremblements de ses mains. Seuls ses yeux avaient un air de défi. Elle ne perdrait pas la face devant lui, pas une fois encore.
______Le caractère joueur d'Emrys prit le dessus. Il s'approcha lentement, à pas de loup, tel un prédateur. Sa proie ne bougea pas d'un centimètre, son regard toujours plongé dans le sien. Ils semblaient hypnotisés l'un par l'autre. Il s'arrêta seulement lorsque leurs corps se frôlèrent, mais elle n'avait toujours pas eu de mouvement de recul. Il hésitait entre la déception et l'admiration face à cette démonstration de courage. Toutefois, les battements précipités du c½ur de la sorcière ne lui avaient pas échappé : sa peur était palpable. Mais cela ne lui suffisait pas.
______Le Bluttrinker tendit la main vers le visage de sa victime pour laisser glisser un doigt sur sa joue.

— Vous dérangez pas pour moi surtout ! lança Andras après s'être affalé sur le lit de Valérian.

______Alexianne reprit ses esprits et voulut reculer, mais Emrys ne l'entendit pas de cette façon. Il la saisit délicatement par la nuque et la ramena à lui avec un sourire aguicheur.

— Au fait, tu ne m'as pas dit comment tu avais trouvé mon baiser la dernière fois, murmura-t-il.

______Elle frissonna à ce souvenir. Elle se rappelait parfaitement cette journée où elle avait voulu tuer Kénaël à cause de sa grand-mère qui avait modifié ses souvenirs. Ils avaient été contraints d'accepter l'aide de leur ennemi qui l'avait embrassée pour lui laisser l'accès à ses pensées et lui montrer la vérité. La sorcière doutait encore de l'utilité de ce geste : les Bluttrinker étaient doués en télépathie et n'avaient sans doute pas besoin d'un contact physique pour pénétrer l'esprit des autres. Alexianne était décidée à lui faire regretter cet épisode de sa vie.

— Immonde, trancha-t-elle d'une voix glaciale.

______Le brun laissa échapper un petit rire amusé, puis se pencha à son oreille.

— Tu ne me refroidiras pas si facilement.

______L'adolescente tressaillit en sentant son souffle si près de son cou. Elle fit de son mieux pour garder son calme, mais Emrys maîtrisait parfaitement la situation. Il gagnerait à son jeu mesquin, comme chaque fois qu'il tentait de la déstabiliser.
______La bouche du Bluttrinker descendit lentement de son oreille jusqu'à sa jugulaire, effleurant à peine sa peau qui était parsemée de frissons. Cette réaction le ravit et il entreprit de redessiner les contours de la mâchoire de la sorcière en la parsemant de baisers. Ses gestes étaient si doux, si précis, que des sensations encore inconnues envahirent le corps d'Alexianne, tétanisé d'horreur. Elle réussit néanmoins à lever la main pour gifler le brun, mais il saisit ses doigts entre les siens et lui dit d'une voix sensuelle :

— Tu vas encore te faire mal.

______Les lèvres d'Emrys rencontrèrent celles de la jeune fille qui ne put répondre, stupéfaite par ce geste. La main sur sa nuque remonta dans ses cheveux pour n'être plus qu'une caresse qui l'attira un peu plus contre lui, approfondissant ainsi leur baiser. Elle se sentit déstabilisée par la sensation de chaleur qui l'envahissait. Perturbée, elle s'imagina d'abord le repousser violemment, mais elle était immobilisée par l'étreinte de son ennemi. Elle pensa ensuite à lui mordre la langue, mais elle commençait à le connaître : il aurait aimé cela.
______Sans s'en apercevoir, Alexianne avait répondu spontanément au baiser d'Emrys. Elle s'asséna une gifle mentale et, avant d'avoir pu mettre un terme à cette mascarade, le brun brisa leur lien.

— "Immonde", c'est bien ça ? s'enquit-il, victorieux.
— Exactement. Ne prends pas tes rêves pour des réalités ! Si je pouvais, je te tuerais sur le champ !
— L'un n'empêche pas l'autre
, rétorqua-t-il en attrapant une mèche de cheveux de la sorcière pour jouer avec.

______La sorcière le fusilla du regard, puis repoussa violemment sa main. Elle voulut lui lancer une réplique mordante, mais il posa un doigt sur sa bouche pour lui intimer de se taire. L'expression du Bluttrinker était soudainement passée de moqueuse à très sérieuse.

— Lève tes fesses du lit, intima-t-il à Andras.

______Déconcerté par son ton inquiétant, le démon sauta sur ses pieds et remit prestement les draps en place.

— Valérian arrive, déclara-t-il d'une voix grave. Ne faites rien de stupide.

______Son conseil était avisé et, pour une fois, Alexianne ne lui donnait pas tort. Mais rien n'était moins sûr quant au caractère de la sorcière qui était tout sauf réfléchi.

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Comments :

  • La-Voie-Du-Sabre

    22/04/2016

    Joli suspeeeeeense.
    Sinon, excuse moi mais... EMRYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYS
    Hem. Je veux bien être son jouet, moi.

  • Minilod

    23/02/2016

    toujours si bien, je ne me lasse pas

  • film-et-moi85

    01/02/2016

    Salut !

    Je m'en doutais un peu que Emrys n'était pas insensible à Alexianne, même si je pense qu'il ne voit pas les choses comme ça. Mais là j'étais scotchée qu'Alexianne éprouve quelque chose en retour, ça ne va pas plaire à Kénaël quand il le saura ! ^_^
    Tu cherches les ennuis toi ! X)

    Bon chapitre aussi ! :)

    Emérienne

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