++VII. Première entrevue avec l'ennemi++

______Après le départ précipité d'Alexianne, Kénaël se rendit à la cuisine où il trouva Quilda préparant un petit déjeuner copieux pour leurs deux invités. Il la salua, puis ouvrit le réfrigérateur. Il prit la clé qu'il gardait constamment autour de son cou et actionna l'ouverture d'un emplacement caché au fond du meuble. Il attrapa sa carafe de sang animal et s'en versa un verre. Cette précaution évitait aux curieux de découvrir sa véritable nature : sa maison avait déjà été victime d'un cambriolage et il ne souhaitait pas que des ignorants s'amusassent à faire courir des rumeurs qui auraient pu s'avérer être véridiques.
______Lorsque le vampire but sa première gorgée, ses sourcils se froncèrent légèrement. Il n'aimait pas boire du sang froid, même après tant d'années il ne s'y était toujours pas habitué. La majorité de ses congénères avait souvent une préférence pour le sang chaud et il les comprenait parfaitement : la chaleur du sang, même animal, rappelait celui des humains encore palpitant dans leurs veines. Mais Kénaël s'obligeait à avaler ce liquide épais et glacial qui avait du mal à passer dans sa gorge, autrement il ne répondrait plus de ses actes.
______Le brun rangea son breuvage à sa place, puis se dirigea vers la salle à manger avec un plat de croissants chauds. Il s'installa à table en attendant que les deux frères se lèvent. Estéban ne se fit pas attendre longtemps : il entra un instant plus tard et s'assit à côté de leur hôte. Aucun d'eux ne parla après les salutations habituelles. L'atmosphère était un peu tendue à cause du comportement d'Alexianne. Estéban était gêné de sa réaction démesurée et de l'impolitesse dont elle avait fait preuve, alors que Kénaël les avait défendus et protégés contre un ennemi redoutable.

— Vous savez... Il ne faut pas lui en vouloir, tenta le blond sans conviction.
— Elle n'aime pas les vampires, c'est son droit.
— C'est plus compliqué que ça malheureusement. Il y a une cause à son comportement, n'allez pas croire qu'elle vous déteste seulement par plaisir.
— Vraiment ?
répondit le vampire avec intérêt.
— Tout ce que je peux vous dire c'est que vous devriez vous tenir loin d'elle. Très loin. Elle finirait par vous tuer sinon.
— Je prends bonne note de votre conseil. Mais nous allons devoir collaborer et pour cela il faudra nous entendre.
— Ne faîtes pas comme si vous étiez obligé de lui adresser la parole. Votre présence sera bien assez gênante comme ça
, rétorqua Estéban avec froideur.

______Son interlocuteur ne prît pas la peine de répondre. Il avait bien compris le message : éviter Alexianne à tout prix. Cependant, ce n'était pas en accord avec ce qu'il avait décidé. Il comprenait les inquiétudes du sorcier, mais il ne reculerait pas face à quelques difficultés. Il avait remarqué les essoufflements constants d'Alexianne lorsqu'il se trouvait dans la même pièce qu'elle. Sa haine envers sa race était palpable et cela n'avait aucun rapport avec son statut de Gardien : elle en avait fait une affaire personnelle. Mais cela lui importait peu : il réussirait à établir un lien de confiance entre eux.


+ + VII. Première entrevue avec l'ennemi+ +



______Fatiguée et énervée, Alexianne rentra chez elle en claquant la porte. Il était encore tôt, mais elle se fichait de réveiller toute la famille. Lorsqu'elle entendit une cuillère cogner contre une tasse, elle sût que son oncle était déjà debout dans la cuisine à boire son éternel café noir. Elle espérait qu'un jour l'excès de caféine eût raison de son c½ur pour être enfin débarrassé de ce tyran.
______Après avoir fait un bruit d'enfer avec la porte, l'adolescente tenta de passer inaperçu en filant droit vers les escaliers, mais elle ne lui échapperait pas aussi facilement.

— Viens ici, lui ordonna l'homme sur un ton désagréable.

______La brune tressaillit, leva les yeux au ciel et entra dans la cuisine où le Gardien était debout, serrant sa tasse si fort que ses jointures en étaient blanches. Son regard froid et accusateur la regarda de haut, comme un juge impitoyable sur le point de prononcer sa sentence.

— T'étais où cette nuit ? aboya-t-il.
— Je chassais, comme...
— Ne me prends pas pour un con ! Elle est où ton arme ?


______Alexianne ferma les yeux et se retint de soupirer : elle avait commis la grave erreur d'oublier son sabre chez Kénaël. Une raison de plus pour haïr ce vampire immonde ! Elle qui ne sortait jamais sans son arme, il l'avait poussée à bout et sa découverte lui avait fait oublier la chose la plus importante. Elle se maudissait pour s'être laissé distraire ainsi et son oncle ne se priverait pas pour lui renvoyer sa médiocrité. Il ne lui restait plus qu'à trouver une excuse pour essayer de passer pour la moins idiote possible.
______La sorcière rouvrit les yeux et planta son regard glacial dans celui de son oncle.

— J'étais chez Estéban : j'ai oublié mon arme chez lui.
— Encore à traîner avec les Dû Corbin !!
hurla-t-il en posant violemment sa tasse sur la table, renversant la moitié de son café.

______La deuxième famille de Gardiens n'était pas appréciée par les Dû Lou. Elle était trop pacifiste à leur goût, pas assez vindicative et intransigeante avec les vampires. Leur opinion était radicalement différente, mais il y avait pire encore : les Dû Corbin n'aimaient pas la chasse. Dans ces conditions, la famille d'Alexianne estimait qu'ils n'étaient pas dignes d'être des Gardiens. Que l'une des leurs les fréquentât était intolérable ! L'oncle prenait donc un plaisir vicieux à rabaisser Estéban devant sa nièce. Il énonçait ses défauts comme il aurait établi une liste de courses, ce qui donnait envie à la jeune fille de lui tordre son petit cou ratatiné et de lui arracher les yeux pour les lui enfoncer au fond de la gorge.

— Si ça continue tu vas devenir comme lui : une incapable. Et ça il en est hors de question ! s'égosilla-t-il en envoyant valser sa tasse par terre d'un revers de la main.
— Oui je sais, je connais la rengaine.
— Dégage, tu m'exaspères !


______L'homme lui tourna le dos et elle pût enfin s'échapper et s'enfermer dans sa chambre. Son ventre grogna pour lui signaler sa faim, mais elle n'avait aucune envie d'avaler quelque chose. Son ventre était noué de peur et de colère : elle devait éliminer Kénaël De Loménie, mais comment y parvenir seule ? En quelques heures, il avait réussi à duper Estéban et à lui faire croire qu'il ne buvait plus de sang humain. C'était tout simplement impossible : un vampire n'aurait jamais la force physique et mentale pour renoncer à de telles saveurs. Ces monstres à visage humain n'étaient que des animaux incapables de résister à leurs plus bas instincts. Elle devait trouver un moyen de l'abattre, même si pour cela elle devait quérir l'aide de sa famille. Habituellement, elle abhorrait chasser en leur compagnie, mais Kénaël était une cible prioritaire à ne surtout pas laisser en vie plus longtemps. Elle userait de n'importe quel moyen pour avoir le plaisir de voir la dernière once de vie s'échapper du corps de cette créature abjecte.
______Pour tenter de calmer un peu ses nerfs, Alexianne s'effondra sur son lit et attrapa le premier livre que sa main saisit sur sa droite. Malheureusement pour elle, c'était une histoire d'amour stupide que son meilleur ami lui avait prêté de force. Elle le balança contre le mur en imaginant à la place la tête d'Estéban. Elle l'aimait beaucoup, mais parfois son comportement trop conciliant l'insupportait.
______Trop énervée pour se concentrer sur autre chose que la stupidité de son semblable, la Gardienne entreprit de prendre une douche brûlante qui lui ferait oublier ses problèmes. Aucun ignorant n'aurait pu supporter une telle température, mais avoir une affinité avec le feu avait bien des avantages. Son corps était capable de soutenir de très grandes chaleurs et cela lui était utile pour se laver : elle détestait l'eau, mais elle réussissait à l'apprécier quand la salle de bain était inondée de vapeur.


+ + VII. Première entrevue avec l'ennemi+ +



______Après être restée plus d'une heure dans la salle de bain pour empêcher ses cousins d'y accéder, Alexianne profita de ce samedi ensoleillé pour marcher dehors. Elle aimait sentir les rayons de l'astre sur sa peau. L'été, elle passait parfois des heures à se prélasser dans l'herbe sans penser à rien d'autre que la chaleur que son corps accumulait. C'était sa saison préférée, surtout lorsque l'hiver avait été particulièrement rude.
______Un bruissement attira l'attention de la sorcière alors que la rue avait été silencieuse depuis son départ. Elle observa les arbres qui bordaient la route et vit des oiseaux s'envoler en piaillant bruyamment. Elle détestait ces petits volatiles qui chantaient à sa fenêtre le matin dès l'arrivée du printemps. Ses yeux ne s'attardèrent pas plus longtemps sur le ciel, car elle avait aperçu une ombre derrière elle. Son premier réflexe fût de poser discrètement sa main sur la garde de son arme accrochée à sa ceinture, mais son oubli lui revînt brutalement en mémoire. Elle n'avait rien pour se défendre. Cette ombre aurait pu appartenir à un sorcier inoffensif, mais les gens sains d'esprit n'osaient pas l'approcher d'aussi près. Alexianne sentait le danger émaner de cette silhouette sur le trottoir. Les battements de son c½ur avaient commencé à s'accélérer à la seconde où elle s'était sentie suivie. Un petit sourire apparut sur ses lèvres : l'adrénaline due à l'excitation lui procurait un bien fou. Elle avait hâte de frapper de ses poings le démon qui s'amusait à jouer avec elle, à défaut de pouvoir le découper en morceaux. Mais quand elle se retourna, son visage se décomposa. Comment avait-elle manqué cette aura meurtrière si particulière ? Sven la narguait avec un sourire narquois : il était fier de la prendre ainsi au dépourvu et de voir le désespoir habiter la Gardienne. Cette dernière aurait aimé lui fausser compagnie, mais une menace plus grande encore s'était glissée dans son dos. Le Bluttrinker n'avait pas commis la même erreur que la veille et était venu accompagner.
______L'adolescente regarda par-dessus son épaule et eût un frisson de dégoût lorsqu'elle vit les crocs acérés de la congénère de Sven. C'était une femme avec une taille élancée dont les talons vertigineux semblaient dangereux tant ils paraissaient aiguisés. Ses cheveux étaient d'un blond très foncé et tressés en une natte qui pendait plus bas que sa chute de reins. Elle arborait une robe noire qui mettait sa poitrine en valeur, peut-être trop d'ailleurs, car cette femme aurait pu être belle si elle n'avait pas été si vulgaire. Quant à ses yeux aussi rouges que le sang, ils ne trompaient pas sur sa nature profonde : c'était une Bluttrinkerin* féroce et assoiffée. Mais à l'inverse de son compagnon, la blonde était mécontente d'être là. Ses sourcils froncés et son pied qui ne cessait de frapper le sol démontraient son impatience grandissante.

— Suis-nous, intima-t-elle d'une voix ferme.
— Et le mot magique c'est pour les chiens ? rétorqua Alexianne avec hargne.
— Soit tu nous suis sans faire d'histoire, soit tu fais de la résistance et il se pourrait que tu perdes quelques morceaux : un bras, une jambe... c'est si vite arraché, menaça Sven d'une voix mélodieuse.

______La jeune fille n'avait pas d'autres choix : elle était seule face à deux monstres qui n'hésiteraient pas à mettre leurs menaces à exécution. Elle se résigna et opina du chef pour montrer son accord. Elle espérait seulement qu'elle ne serait pas leur prochain repas, mais elle avait de sérieux doutes sur son avenir désormais. Elle ne comprenait pas les raisons de cette mise en scène : s'ils voulaient l'éliminer, ils auraient pu le faire immédiatement. Au lieu de ça, ils l'emmenaient tranquillement au Siège Gouvernemental. Cette destination ne la surprit qu'à moitié : le Gouverneur des sorciers était un opportuniste qui n'aurait pas hésité à vendre sa propre mère s'il avait pu en tirer bénéfice. Nullement besoin de grands discours pour le rallier à une cause : lui promettre argent et pouvoir était suffisant. Si les Bluttrinker avaient compris cela, ils n'avaient sans doute pas eu besoin de plus d'une minute pour le convaincre de les laisser vaquer dans le monde des sorciers.
______La sorcière suivit ses deux ennemis jusqu'au portail du bâtiment qui empêchait quiconque d'entrer sans invitation. Elle lança un regard de biais aux gardes qui les laissèrent passer sans ciller : les employés du Gouvernement ne valaient pas mieux que leur chef. Lorsqu'elle l'aurait devant elle, elle se ferait un plaisir de lui dire enfin le fond de sa pensée ! Toutefois, les Bluttrinker ne rejoignaient pas le bureau du Gouverneur comme elle l'avait cru : ils empruntèrent un passage qui les mena au monde des ignorants.

— Vous comptez me balader encore longtemps comme ça ? râla la brune.

______Sven et sa congénère lui lancèrent un regard menaçant qui suffit à la faire taire jusqu'à leur arrivée. Alexianne se contenta d'observer le chemin qui les mena à une deuxième porte donnant sur un autre monde. Derrière ce passage se cachait un escalier si étroit qu'ils durent le descendre en file indienne. Il y faisait trop noir pour voir plus loin que leurs orteils, alors elle fit glisser sa main sur le mur pour garder un certain équilibre. Elle sentit sur ses doigts une matière qui ressemblait à du charbon ou de la poussière. Plus ils allaient en profondeur, plus la Gardienne manquait d'air. Il régnait une chaleur insoutenable qui la fit tousser bruyamment. Ses vêtements collaient à sa peau devenue poisseuse et quelques mèches de cheveux étaient plaquées contre son front, trempé de sueur. A croire qu'elle avait couru un marathon, alors qu'elle n'avait descendu qu'une vingtaine de marches. Lors de sa progression, elle remarqua l'éloignement des murs et l'agrandissement de l'escalier qui devînt imposant. Respirer était toujours difficile, mais elle avait moins l'impression d'étouffer.
______Arrivée à la dernière marche, Alexianne aperçut une faible lueur qui éclairait un couloir tout aussi noir. La blonde attrapa la torche et les mena à travers les souterrains des Enfers. Le monde démoniaque ne ressemblait pas à ce qu'avait imaginé la sorcière. Les descriptions des livres ne rendaient pas honneur à ce lieu célèbre, pourtant terrifiant. La noirceur qui s'en dégageait et cette désagréable sensation qui prenait à la gorge, lui donnait de violents frissons. Les démons étaient bien les seuls à pouvoir vivre dans ce monde obscur : leur faculté à voir dans le noir et leur adoration pour les ténèbres leur donnaient un avantage certain. Mais la seule et unique raison qui tenait à l'écart toutes les autres créatures était leur sens de l'orientation : les Enfers étaient réputés pour être un véritable labyrinthe dont personne, mis à part les démons, ne pouvaient ressortir. Bien sûr, c'était avant le retour des Bluttrinker qui semblaient s'y sentir comme chez eux. La femme avait un pas assuré et l'air de connaître les couloirs comme sa poche. Alexianne se demanda de quelle façon ces créatures connaissaient si bien les Enfers. Elle soupçonnait les démons d'avoir pris leur parti : ils n'étaient pas dignes de confiance et à la moindre occasion, ils s'enfuyaient comme des lâches.

— Alors comme ça vous vous terrez aux Enfers ? Bon à savoir. Les démons doivent être terrifiés, railla l'adolescente.
— Sauf s'ils ont su tirer profit de la situation, répliqua Sven, derrière elle.
— Ne sympathise pas avec la nourriture, intervint vivement la blonde. Sauf si tu veux avoir un cadavre en guise de jouet...
— Ils ne vont pas la tuer tout de suite. Pour le moment, ils veulent seulement faire connaissance
, susurra-t-il à l'oreille de la sorcière qui tressaillit.

______Elle n'aimait pas du tout le tournant que prenait la situation. Peut-être que les Bluttrinker aimaient jouer avec leurs proies avant de les vider lentement de leur sang, ou bien préféraient-ils les amener dans un endroit sombre pour leur faire subir des tortures insoutenables... L'imagination de la jeune fille était trop fertile dans ces conditions et toutes les images qui s'imposaient à son esprit la terrorisaient. Elle aurait donné n'importe quoi pour que les vampires et les Bluttrinker n'eussent jamais existé.
______La femme émit un grognement mécontent, signe qu'elle était en désaccord pour laisser en vie leur captive. Elle détestait cette petite Gardienne trop sûre d'elle. Mais la Bluttrinkerin* ne savait pas qu'Alexianne se donnait seulement une contenance à travers l'ironie et l'arrogance : au fond, elle avait peur comme n'importe quel être humain qui se trouverait en présence de deux monstres pouvant la tuer d'un claquement de doigt. Elle contenait difficilement les tremblements de ses mains qui se seraient propagés dans tout son corps si elle y avait laissé libre cours. Elle pensait qu'en cachant sa peur, elle serait plus en sécurité, mais il n'en n'était rien. Cela attisait plus encore la colère de certains.
______La blonde poussa deux grands battants afin d'entrer dans une grande salle ovale plus lumineuse que les couloirs grâce aux nombreuses torches qui ornaient les murs. La chaleur y était plus agréable, mais les flammes projetaient des ombres inquiétantes sur la pierre charbonneuse. Deux fauteuils avaient été disposés au centre de la pièce, tels deux trônes pour deux rois. Cela rendait l'atmosphère étrange : trop impersonnelle pour être conviviale, mais assez rassurante pour détendre un peu Alexianne. La température redevenue supportable lui procurait une sensation de bien-être, alors qu'elle avait toujours conscience du danger imminent. Les Bluttrinker savaient jouer avec ses nerfs.

______Après un instant d'attente, la Gardienne et ses ravisseurs virent une porte au fond s'ouvrir et laisser passer un homme. Ce dernier arriva vers eux en marchant d'un pas pressé avec un large sourire aux lèvres.

— Enfin la voilà ! Alexianne Dû Lou ! s'exclama-t-il d'une voix enjouée devant la concernée.

______La sorcière ouvrit de grands yeux hébétés face à cet engouement qu'elle pensait exagéré. Elle avait reculé d'un pas lorsqu'il s'était approché pour être à sa hauteur, mais si elle avait pu elle aurait mis des kilomètres de distance entre eux.

— Emrys... soupira un deuxième Bluttrinker, entré après lui.
— J'étais impatient de te rencontrer, reprit le susnommé.
— T'as une langue alors réponds ! ordonna la blonde en colère.
— Séraphine, sois donc aimable avec notre invitée, la réprimanda le deuxième.
— "Invitée" ? C'est une blague ? protesta enfin Alexianne.
— Je doute que vous auriez accepté de venir avec un carton d'invitation, rétorqua-t-il avec un sourire qui la fit frémir d'horreur.
— On aurait pu téléphoner, mais ça capte mal ici, plaisanta Emrys.

______"Mais sur quels guignols je suis tombée ?!" pensa l'adolescente en le fixant étrangement. Elle avait l'impression d'être en décalage complet avec eux : leurs paroles ne concordaient pas avec ce qu'ils dégageaient. Le premier se donnait un air sympathique qui aurait rendu confiant n'importe quel paranoïaque, alors qu'il était certainement l'un des dirigeants et donc l'un des plus dangereux. Quant à son homologue, son sourire sonnait aussi faux que le reste. Il était mesquin et pervers, d'un machiavélisme terrifiant. Il n'essayait pas de cacher sa nature profonde : c'étaient ses paroles avenantes qui le montraient ainsi. Emrys était très différent, cela se voyait dès le début. Ce contraste entre eux faisait trembler la Gardienne. Elle les redoutait tous les deux, mais elle ne savait pas ce qu'ils attendaient d'elle. Impossible de deviner leurs intentions.

— Pour vous prouver notre bonne foi, je vous propose de discuter autour d'un bon repas, ajouta le deuxième Bluttrinker.
— J'adore votre humour, railla Alexianne.

______Un silence gênant s'installa, mais après l'avoir longuement observée Emrys éclata d'un rire cristallin. Sa taille longiligne se courba au rythme des soubresauts de ses épaules. Les traits fins de son visage se crispèrent à chaque rire qui retentit dans toute la pièce. Lorsqu'il reprit enfin son souffle, le Bluttrinker repoussa quelques mèches brunes qui étaient tombées devant ses yeux rouges pétillants de malice.
______Son congénère agit comme son parfait opposé. Il resta de marbre et s'assit sur l'un des deux fauteuils. Il croisa ses jambes et porta toute son attention sur la sorcière. Il ne la voyait que d'un seul ½il, car le droit était caché par une longue mèche de cheveux blonds, mais cela ne le gênait en rien. Il n'avait pas besoin de ses deux yeux pour déceler la peur chez ses proies. Ses deux oreilles lui suffisaient pour se délecter de leurs cris de douleur et leurs supplications. Sa taille était certes plus tassée que celle de son homologue, mais le charisme que dégageait sa prestance n'en était pas affaibli. Il les dominait tous de son regard hautain et autoritaire. Son visage était fier, mais ses traits semblaient constamment durcis par la colère. Une émotion qu'il ne cessait jamais de contenir. Sa tendance à la cruauté et au sadisme avait particulièrement retenu l'attention d'Alexianne : ses ongles aussi longs et acérés que ses crocs étaient maculés de sang.


+ + VII. Première entrevue avec l'ennemi+ +



*Bluttrinkerin : féminin de Bluttrinker (donc en français "buveuse de sang"). A prononcer Blouttrïnkeurine.

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Comments :

  • Forbidden-Terrified

    13/05/2018 at 6:56 PM

    Bordel Emrys fait toujours aussi froid dans le dos, il est zinzin ce mec ! xD Il me fait un peu penser à Aro dans Twilight (put-être que je te l'ai déjà dit par le passé xD)

  • Minilod

    22/02/2016

    j'adore!!!!! ce chapitre est génial

  • Gw3nd0line

    02/09/2014

    Terrifiant comme chapitre =), elle se fou vraiment n'importe où. Ca lui fera une leçon ^^

  • i-dream-free

    13/08/2014

    Elle pensait qu'en cachant sa peur, elle serait plus en sécurité, mais il n'en n'était rien. --> il n'en est rien

    *

    Je vois pas trop pourquoi il souhaite voir Alexianne pour l'instant.
    - (Hors sujet) A vrai dire je commence à me questionner sur certaines choses. Pourquoi le démon et l'ange ont-il fait appel à Estéban et son frère jumeau ? Ils n'ont rien de spécial -

    Alors pourquoi eux ? J'espère avoir la réponse à cette question dans les chapitres à venir. Car des sorciers et chasseurs ce n'est pas ce qui manque je pense. Et si Alexianne semble être spéciale et plus forte que beaucoup, Estéban et surtout son frère jumeau ne semble pas faire le poids pour l'instant.

    Ce chapitre est bien, comme les précédents. Alexianne reste fidèle à elle-même, mais on voit qu'elle n'est pas aussi forte qu'elle ne le laisse paraître. C'est une bonne chose je trouve, c'est plus réaliste.

    Et les méchants de l'histoire qui ne sont pas les stéréotypes des méchants que l'ont voit en temps habituel. C'est une bonne chose. Mais j'en viens à me demander comment ces personnes peuvent vraiment vouloir détruire toutes les races. Ils ont l'air de "gentil" méchant, j'ai hâte de les voir à l'oeuvre. Car je veux voir du sang (héhé) et des bonnes scènes de guerre.

    *

    Amicalement,
    Ellana.

  • avalon-325

    29/05/2014

    Trop bien!! *_*
    Mais pourquoi on t'ils "invitée" Alexianne?? Surtout avec son caractère!! On voit bien qu'elle est terrifier mais elle arrive plutôt bien à le cacher… (enfin d'après se que j'ai vu!!)
    Enfin… dans le prochain chap je vais pouvoir savoir pourquoi elle fait ses "crises"!! J'ai juste TROP hâte!!

  • Forbidden-Terrified

    05/05/2014

    Emryyyyys o/ Ceci était un commentaire très constructif de la part d'une lectrice complètement folle qui est aussi très fatigué xD

  • La-Voie-Du-Sabre

    02/05/2014

    Je sais pas pourquoi, mais Alexianne m'apparaît de plus en plus antipathique. En même temps, tu l'as faite avec un caractère de merde. Tu t'imagines être ^pote avec elle? Ptin elle est détestable des fois.
    J'ai beaucoup aimé ta vision de l'enfer! Je la trouve très différente de ce à quoi on s'attend, on de ce qu'on lit/voit de nos jours. Des couloirs et des salles, je trouve ça... enfin, ça m'a agréablement surprise.
    Emrys, il me fait epnser à Aro. Ne le prends pas mal, pour moi c'est un compliment. J'aime ces gens civilisés qui sont de vrais méchants sanguinaires. En fait, les gens pensent trop que les gros sadiques ont toujours un sourire carnassier, un regard pervers et des paroles ou des gestes menaçants ou déplacés. Alors qu'au final, un méchant qui a de la classe et qui est raffiné, c'est... Oh ben tiens, tu prends l'exemple de Hannibal Lecter. Le mec est le type le plus raffiné du monde, très cultivé, poli, galant et tout le toutim, et c'est un cannibale. Ça c'est les personnages qui retiennent vraiment l'attention, qui s'inscrivent dans l'esprit et n'en bougent pas. De plus, ça amène ces suggestions comme quoi n'importe qui peut être un vrai "méchant" au fond, on le voit pas forcément. Cette symbiose de la normalité affichée avec ce décalage psychopathique, perso je suis une adepte.
    BREF! J'aime bien Emrys.

  • StillWriting

    25/04/2014

    Ermys ! Ermys, c'est bien lui le sadique nah ? J'le kiffe. Nah franchement, la fin de ce chapitre est juste épique. J'me demande si Alexianne va souffrir... Bizarre, mais dès que tu as parlé du mur charbonneux, j'me suis tout de suite dit : les Enfers. C'était évident. Sinon, les deux nouveaux Bluttrinker, là, ils sont jeunes ou vieux ?
    L'origine des problèmes des Corbin et des Lou n'est que cette histoire de points de vue ? Vraiment ?
    Sinon, bon chapitre. Malgré le temps qui s'est écoulé, j'me suis immergée plus facilement dans l'histoire :D

  • Rebellion

    19/04/2014

    Hmm Alexianne aurait vraiment du rester avec Esteban son oncle est plutot.bizzard,
    Donc elle est a aussi un coté humain avec toujours son coté raleuse si j'ai bien compris,et y'a pas a dire tu sais maintenir le suspense un chapitre bien fini sur un moment de "sadisme"
    je dit "Je veux la suite!"

  • Xx----rien-du-tout----xX

    18/04/2014

    L'oncle a vraiment l'aire d'être quelqu'un d'abjecte !! finalement Alaxianne aurait mieux fait de restée avec Estéban et le vampire....

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